Dossiers pédagogiques >> Cinéma documentaire

On a grèvé. Film de Denis Gheerbrant
JP Carrier

Film de Denis Gheerbrant. France, 2014, 70 minutes

Denis Gheerbrant place sa caméra au milieu des drapeaux rouges de la CGT, sur un boulevard, à 20 minutes des Champs Elysées. Les femmes qui sont là, presque toutes d’origines immigrées, africaines ou maghrébines, sont en grève. Elles ont cessé leur travail de femmes de ménage dans un hôtel bon marché, Première Classe, appartenant à un groupe d’hôtels de luxe, Louvre Hôtels, le deuxième groupe hôtelier français. Un groupe dont le chiffre d’affaire et les bénéfices sont conséquents.

Nous apprenons très vite dans le fil, par la voix du délégué CGT chargé d’organiser et de suivre la grève, que le conflit couve depuis de longs mois et que la grève a été déclenchée au moment le plus propice pour obtenir la victoire. Ces femmes qui pour beaucoup ne savent ni lire ni écrire sont donc déterminées à aller jusqu’au bout. Elles sont en fait employées par une entreprise de sous-traitance et sont payées à la tâche (et non à l’heure de travail), ce qui est illégal. Toutes se plaignent des cadences imposées, de la pénibilité du travail, du mal de dos inévitables, du salaire très bas.

Gheerbrant filme ces longs jours de présence des grévistes sur le trottoir devant l’hôtel. Elles distribuent des tracts, font des déclarations au reporter de France Inter qui couvre l’événement, et surtout elles crient, ou plutôt chantent, des slogans, toujours en rythme. « So So Solidarité ». Elles ont un djembé, mais elles utilisent aussi tous les récipients en plastiques qui leur tombent sous la main et sur lesquels elles frappent avec ardeur. Jamais elles ne paraissent démobilisées, résignées, même lorsque la situation est bloquée, le patron refusant d’abord de négocier, ou faisant appel à des intérimaires pour faire les chambres, ou lorsque ses premières propositions sont bien en deçà des revendications des travailleuses. La grève, se fait toujours dans la bonne humeur, dans la joie presque. Et lorsqu’elles dansent sur le trottoir, c’est qu’il s’agit d’un mode d’expression qui fait partie d’elles-mêmes. En même temps, le chant et la danse manifeste la chaleur et la ferveur de leur engagement, une expérience dont elles se souviendront longtemps.

Le film débute comme un reportage. Mais très vite, il prend une autre tournure. Gheerbrant s’entretient avec ces femmes qu’il côtoie pendant tous le mouvement. Il s’intéresse beaucoup plus à elles qu’au discours du délégué CGT, ou de la militante CNT. Il enregistre pourtant leurs explications et leurs interventions auprès des grévistes, comme le bref discours de la députée venue manifester son soutien. Mais c’est aux femmes qu’il donne vraiment la parole. Il les interroge sur leur vie, de façon très simple. Combien d’enfants ont-elles ? Que fait leur mari ? De quel pays sont-elles originaires ? Envoient-elles de l’argent à leur famille restée au pays ? Il interroge aussi à l’occasion les trois grands garçons de l’une d’elle. Visiblement il tisse des liens avec elles de plus en plus étroits. Au point qu’à la fin du film, au moment de la reprise du travail après la victoire, beaucoup lui feront un signe amical d’au revoir.

Gheerbrant ne cherche pas à faire de son film une action militante. Il ne fait pas de sa caméra une arme dans la bataille. Son film n’est pas un film militant, malgré l’omniprésence des drapeaux rouges. C’est un film sur une expérience humaine, l’expérience de la grève, qui révèle la réalité du travail, les difficultés du travail, les espoirs des travailleuses. Dans une période marquée par le chômage, il est important que le cinéma s’intéresse aussi à ceux qui ont un emploi, et de montrer que les femmes en particulier ne sont pas des esclaves corvéables à merci. La dignité que manifestent ces femmes force le respect.

Une grève qui finit bien. Des travailleuses qui reprennent le travail en ayant obtenu ; au-delà d’une reconnaissance personnelle, des bénéfices matériels substantiels, ce n’est pas si courant. La lutte de ces femmes de ménage, le plus souvent oubliées et ignorées par la société, valait bien un film.

Film présenté au festival Cinéma du réel à Paris

Jean Pierre Carrier

Mise en ligne le 29 mars 2014
Retour Haut de page

RECHERCHE

  • Recherche avec Spip


>> Faire une recherche Qwant

site du festival d'Éducation
Site du festival du film d'Éducation

EVENEMENT
  • • Observatoire 2013-2014 des pratiques numériques des jeunes, Ceméa et Région Basse-Normandie
    19 août 2014

  • • Observatoire des pratiques numériques des jeunes. Deuxième étude. Les pratiques numériques des jeunes : quels accompagnements consolider ?
    20 janvier 2016

  • • Les clés des médias, une série de programmes courts pour comprendre les médias
    11 décembre 2015

  • • Séjour centré sur la réception et la critique de films dans le cadre du Festival de Cannes
    30 mai 2016

  • • Les Ceméa s’associent à France-Fraternités
    12 décembre 2016

  • • Observatoire des pratiques numériques des jeunes normands
    12 octobre 2017

  • DERNIERS ARTICLES
    Follow cemeaeejm on Twitter
  • • Un site ressources Education aux écrans
    19 décembre 2017

  • • Les actions menées par les Ceméa tout au long de l’année...
    19 décembre 2017

  • • NOEL 2017 - Lettre au Père Noël : non aux tablettes et jouets connectés
    19 décembre 2017

  • • Le palmarès du festival international du film d’éducation est en ligne...
    18 décembre 2017

  • • La neutralité du Net : comprendre ce principe pour agir contre sa suppression
    18 décembre 2017

  • • Facebook au coeur de critiques renouvelées
    18 décembre 2017

  • • Adolescents, images numériques et construction identitaire
    Stratégies, vulnérabilités, remédiations

    15 décembre 2017

  • • La vie numérique des tout-petits, les travaux de la Fondation pour l’enfance
    23 novembre 2017

  • • Le catalogue de la 13ème édition du Festival international du film d’éducation est en ligne !
    22 novembre 2017

  • • Six applications pour une éducation à l’image
    21 novembre 2017

  • • Des ressources sur la vidéo et le numérique, la photo et le numérique
    21 novembre 2017

  • • Le compte rendu des 3èmes Rencontres Culture numérique
    21 novembre 2017

  • • Conférence débat : Société de l’information, numérique et éducation populaire
    13 novembre 2017

  • • Education populaire pour et par les jeunes : pratiques numériques, lieux innovants et médias des jeunes
    2 novembre 2017

  • • Observatoire des pratiques numériques des jeunes normands
    12 octobre 2017

  • • Rencontres Cultures Numériques du Ministère de la Culture
    25 septembre 2017

  • • Soutenir la régulation publique adossée à une co-régulation citoyenne, porter des alternatives non marchandes dans la société numérique
    18 juillet 2017

  • • Informer... sans être journaliste : un guide pratique et ethique
    18 juillet 2017

  • • Puériculture et jouets 3.0
    1er juillet 2017

  • • Eduquer à l’incertitude : un paradoxe amplifié par le numérique
    18 juin 2017

  • • Écrans Évolutions et enjeux
    14 juin 2017

  • • L’abus de Google à l’École peut nuire gravement à notre société...
    2 juin 2017