Regard critique sur des contenus plurimédias >> Cédéroms

Big bang bidule chez l’Oncle Ernest
Jean Pierre Carrier

Un cédérom Lexis numérique

Une nouvelle production de Lexis Numérique réalisée par Éric Viennot est toujours un événement, qu’il s’agisse de la saga de l’Oncle Ernest proprement dite (qui en est déjà à son sixième opus) ou de la version pour plus petits (jusqu’à six ans) centrée autour de la Boîte à Bidule.
Dans cette dernière série, après la Boîte à Bidule et le Bidulo Trésor, voici Big Band Bidule, un jeu bien sûr, qui vise donc en premier lieu le divertissement, mais qui ne se limite pas à distraire, ou du moins qui le fait de manière particulièrement subtile et « intelligente », comme l’ont toujours dit - même lorsque ce n’était qu’une déclaration d’intention - tous les producteurs de multimédia pour les petits.
On retrouve dans ce BBB les ingrédients qui ont fait le succès des précédentes parutions et qui constituent la marque de fabrique d’une œuvre que l’on peut considérer comme la plus cohérente et la plus créative des années « multimédia ludo-éducatif ». L’Oncle Ernest d’abord, en vidéo, c’est-à-dire en chair et en os, avec son maillot rayé et sa casquette de marin. Dans sa petite lucarne, il est toujours là pour veiller au bon déroulement des jeux et donner les consignes. Une personnalisation de la fonction d’aide, que bien d’autres titres ont tenté, en commençant par les accompagnements scolaires style Adi, mais qui n’avait jamais un tel degré de fraîcheur et de spontanéité.
Mais il y a aussi, dans ces titres pour les plus petits, des personnages spécifiques. En commençant par Gus, sorte de pantin-marionnette-singe, avec sa clé dans le dos qu’il faut remonter de temps en temps, et qui constitue la véritable surface d’identification de l’enfant. Il a bien sûr toutes les qualités du héros moderne des enfants, intelligent d’abord (il réfléchit avant d’agir), courageux voire intrépide, mais sans fausse note, donc sympa, bref sans originalité excessive mais particulièrement attachant.
À son côté, ses deux compagnons habituels, Léonie la poupée et Bébert le cabot désarticulé, copain de Gus mais presque en tout point son image inversée (peureux et un peu bébête, ce qui n’empêche pas de le trouver attendrissant), et qui lui sert efficacement de faire valoir. Quant à Léonie, qui était absente du premier épisode de la Boîte à Bidule, puisque c’était elle qui avait disparue, elle est ici bien présente, formant avec Gus le couple idéal mais pouvant rivaliser avec lui en ce qui concerne aussi bien l’action que la réflexion. Si l’on a souvent tendance à penser que le multimédia s’adresse plutôt aux garçons à cause de sa proximité avec les jeux vidéo, la présence de Léonie nous semble tout à fait capable d’attirer les petites filles vers ces réalisations où la différence des sexes n’est nullement occultée sans être réduite aux clichés habituels.
Le petit monde de la Boîte à Bidule fourmille ici aussi, comme dans les versions précédentes, d’une multitude de personnages secondaires, tous aussi rigolos les uns que les autres et qui devraient surprendre bien des adultes qui auraient la curiosité (indispensable) de jeter un œil sur l’écran par-dessus l’épaule de leur cher petit. Des robots de toute sorte (Toto ou Mister Atomic), des animaux fantastiques, (les petits et gros Zozios), de gros méchants avec leur grosse voix et leur rire caverneux, bref, toute une panoplie extrêmement diversifiée et particulièrement efficace pour donner vie et consistance aux aventures des héros.
Mais ce qui constitue peut-être la marque la plus originale de ces cédéroms, c’est l’univers même de la Boîte à Bidule. L’univers graphique essentiellement, avec ses mécanismes et autres engrenages toujours surprenants ; mais les animations aussi, et l’on peut mesurer, si l’on a la possibilité de revoir aujourd’hui des réalisations datant des années 95-98, le chemin parcouru depuis ce temps où l’enfant n’avait qu’à cliquer, le plus souvent au hasard, sans aucune intention explicite, pour déclencher le saut d’un personnage ou le rire d’un objet, toujours le même à chaque clic, ce qui finissait toujours par lasser même les enfants les plus habitués à des univers simplement répétitifs.
L’ensemble est servi par un scénario à surprises et à rebondissements. Son déroulement est, comme il se doit dans tout multimédia qui sait utiliser les premières recettes de l’interactivité, non linéaire, puisque les jeux peuvent être effectués dans n’importe quel ordre. Mais il y a plus. La réalisation de la mission (ici retrouver le robot Toto enlevé par les méchants) s’effectue dans un emboîtement de niveaux relançant la quête sans repartir vraiment à zéro, mais en ouvrant de nouvelles pistes et présentant de nouvelles difficultés à affronter. Bien sûr, pour tenir compte de l’âge des joueurs, la navigation dans l’univers de la Boîte à Bidule est grandement simplifiée par rapport à celle proposée dans l’album de l’Oncle Ernest, qui reste un modèle du genre par la liberté d’utilisation qu’elle offre, tout en imposant la nécessité de se créer des repères précis pour retrouver des objets ou le moyen d’effectuer une action.
Reste les jeux, qui sont sans doute la partie la moins originale du titre, surtout si on a déjà pratiqué les deux premiers de la série. Ceux accessibles sur la première interface font surtout appel à l’adresse et pour les plus petits (il y a deux niveaux de difficulté) mettent surtout en œuvre le maniement de la souris, ce qui est loin d’être inutile. Mais attention, il ne s’agit que du premier niveau. Après avoir gagné les huit premiers jetons, la route sera encore longue pour achever la mission. Et le passage au niveau suivant demandera pas mal de perspicacité !

Jean Pierre Carrier

Mise en ligne le 2 mai 2006
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