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L’expo où tout le monde court…ou afflue.
Larry Clark au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Interdit aux moins de 18 ans : voilà une signalétique dont on sait ce qu’elle cache quand il s’agit des images. Ici, c’est-à-dire, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, elle a été mûrement décidé par l’auteur et l’hôte accueillant les travaux photographiques.

Larry Clark, connu comme réalisateur de films où les adolescents jouent le rôle central et souvent dramatique, est aussi un photographe de ces mêmes adolescents depuis les années 1960. En fait, ces adolescents ne sont pas les mêmes, mais le paradoxe du cliché donne l’impression que la scène se rejoue à quelques décennies près, à chaque génération, au point que l’on ne sache plus si ces adolescents sont proches de nous ou pas. Cet effet générationnel, ce trouble provient en partie du regard du photographe, à peu de choses près, sa saisie des corps adolescents d’il y a 50 ans se retrouve dans le point de vue de ceux qui rient, ironisent, pourrais-je dire, à la rencontre de leur interlocuteur.

Autre perception : les clichés noir et blanc, de plus petit format, sont très présents, créent presque un déséquilibre, quand la couleur se manifestant dans de plus grandes surfaces semble nous redire combien notre contemporain est préoccupé par la carne, la chair de notre corps. En fait, ce travail vraiment photographique, il s’agit d’un regard comme nous pourrions en produire si nous prenions le temps de nous arrêter et de demander ces poses à l’autre, interroge sur le voir, le m’as-tu-vu sans ostentation ni provocation. Nous sommes dans un cadre familier, quasi familial, les visages renvoient avec ceux des films qui démontrent eux aussi une proximité, une quasi parenté. Affaire de famille ou de parenté : la partie non moins troublante de cette exposition, où se rue nombre de teenagers post-majeurs, est au début. On y rencontre des portraits d’enfants, des petites filles, et aussi des chiens assis comme des écoliers, mise en scène par le regard de la mère de Larry Clark.

Faut-il y voir l’écho de cette préoccupation familiale, ici filiale, qui se lit en pointillé dans toutes l’expo… comme si on ne pouvait bien voir que ce qui nous rappelle notre propre enfance. Les images de la mère ont à peine le charme fané des couleurs des années du Kodakrome, surtout elle montre des enfants résolument heureux, forcément souriant… Ne l’a t-on pas été sur nos bancs d’école ou dans les bras du photographe portraiturant le petit dernier/la petite dernière ? Une chose m’a frappée à la vue de ces clichés : les jeunes enfants (3 ou 4 ans) y adressent un regard vers le haut, comme marqué par cette attirance d’un autre (la mère) comme si tout se passait déjà dans cet avenir à hauteur de grande personne… Me viennent en écho aujourd’hui ce que disent les jeunes fréquentant les trottoirs de nos rues ? Allez-vous voir que la direction prise par les adultes sera suivie par nous ? Que pourra t-on garder de ces images aujourd’hui dans quelques décennies ? Larry Clark nous renvoie un troublant miroir où le sexe a sa part, sans excès, sans prouesse. A quoi bon s’agiter ?

Michel Rebourg

expo à voir : Larry CLARK, Kiss the past hello. Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, jusqu’au 2 janvier 2011. Pour comprendre l’interdiction au moins de 18 ans, allez sur http://www.paris.fr/portail/accueil...

Mise en ligne le 25 octobre 2010
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