Dossiers pédagogiques >> Films d’EDUCATION

LES CARPES REMONTENT LES FLEUVES AVEC COURAGE ET PERSÉVÉRANCE Un film de Florence Mary
Jean Pierre Carrier

La maternité doit-elle être réservée aux couples hétérosexuels ? Le film de Florence Mary milite ouvertement en faveur d’une évolution de la législation française, prisonnière des traditions et donc bien loin des aspirations de tant de couples homosexuels et des évolutions qu’ont su réaliser de nombreux pays à travers le monde. En France le mariage homosexuel n’existe pas et l’homoparentalité est le plus souvent regardée comme une anomalie. Un couple de femmes qui décide d’avoir recours à l’insémination artificielle n’a donc pas d’autre solution que de partir à l’étranger, à Bruxelles ou Amsterdam, ce qui non seulement pose des problèmes financiers évidents, mais aussi accroît considérablement la pénurie de donneur dans ces pays.

Si Les Carpes… est ainsi un film militant, c’est avant tout un regard introspectif sur une situation personnelle, le récit autobiographique de cette quête de maternité de deux femmes qui décident de réaliser leur désir d’enfant quel qu’en soit le coût, et les difficultés innombrables qui se dressent devant elles. Mais le titre nous le dit dès le début, la persévérance finit toujours par être couronnée de succès. Et ce que la médecine peut permettre n’a pas de raison d’être contrarié par les préjugés sociaux.

Florence, parce qu’elle est cinéaste filme donc son couple, la décision que ce soit sa compagne qui portera l’enfant, les relations que l’une est l’autre entretiennent avec leur famille respective, leur mère en particulier, les moments d’intimité avant et pendant la grossesse, et jusqu’à l’accouchement. Aucun exhibitionnisme dans tout cela, mais un récit de vie plein de pudeur, et une réflexion sur la signification culturelle et sociale de l’homoparentalité. Sur un tel sujet, la réalisatrice aurait pu faire un documentaire classique, rencontrant les femmes, et les hommes, pour qui la position juridique française est vécue comme une injustice, donnant à connaître sous forme d’interviews le point de vue de la médecine, mais aussi pourquoi pas, les opposants, les critiques mobilisant les préjugés et les stéréotypes. Le film aurait pu être ouvertement militant, revendicateur et donc dénonciateur. Il aurait pu être un acte politique. En fait c’est bien un acte politique, fondamentalement porteur de convictions. Le choix de l’implication autobiographique n’est pas une facilité, surtout pas une complaisance. C’est le choix de l’authenticité, mettant en évidence la force nécessaire pour surmonter les peurs, les hésitations, le risque de céder devant les difficultés. Et surtout, c’est la mise en œuvre d’une réflexion de fond sur le cinéma. Ce que nous dit ici la réalisatrice, c’est qu’être cinéaste c’est se demander sans cesse pourquoi l’on filme, pourquoi filmer telle scène, tel moment de vie, telle situation, telle rencontre…C’est montrer la nécessité de chaque plan, de chaque cadrage, de chaque raccord. C’est dire que rien ne doit être gratuit lorsque l’on décide de montrer des images. Il serait facile de filmer la Gay Pride et d’en faire un spectacle. Il serait facile de filmer un enfant de l’homoparentalité et de jouer sur l’émotion que peut provoquer son évocation de ses deux mamans. La Gay Pride et cet enfant sont bien présents dans le filme mais sans rien de spectaculaire ou de pathétique. Ce sont simplement des éléments de contextualisation du vécu de Florence et Sabine. C’est précisément parce que le filme est un itinéraire personnel qu’il n’enferme pas le spectateur dans un discours clos. L’itinéraire autobiographique n’est jamais dogmatique. Il ne peut pas être dogmatique. Et tout particulièrement lorsqu’il n’est pas linéaire. Le point d’arrivée, l’aboutissement de la quête, n’est pas fixé d’avance. Florence et Sandrine pourraient très bien ne pas réussir dans leur projet d’avoir un enfant. Elles pourraient renoncer, ou être trahie par la médecine, par défaut de donneur. Florence pourrait à chaque instant arrêter de filmer, ne pas aller jusqu’au bout de son travail cinématographique. Bien sûr en voyant le filme nous savons qu’il n’en a rien été. Mais cet achèvement n’a rien d’aléatoire. Si le film n’a pas été abandonné, c’est parce que les deux protagonistes n’ont pas renoncé à leur projet, à leur désir, à leur vie. L’autobiographie cinématographique manifeste la nécessité profonde du cinéma : ne plus filmer ce serait ne plus vivre.

Jean Pierre Carrier

Ce film a été projeté au Festival du Film d’Education d’Evreux le 16 novembre 2011

Mise en ligne le 29 novembre 2011
Retour Haut de page

2025 Exmachina

L’isoloir donne la parole aux adolescents


RECHERCHE
Recherche avec Spip


EVENEMENT
  • • SOUS LE NUMERIQUE, LA PÉDAGOGIE ?
    6 juillet 2014

  • • Observatoire 2013-2014 des pratiques numériques des jeunes, Ceméa et Région Basse-Normandie
    19 août 2014

  • • Toute la programmation de la 10ème édition du festival européen du film d’éducation
    28 octobre 2014

  • DERNIERS ARTICLES
    Follow cemeaeejm on Twitter
  • • Un jour, une actu... à propos de Facebook
    2 mars 2015

  • • Vie privée des enfants : la primauté du droit à réaffimer face aux industries
    20 février 2015

  • • La manipulation de l’information à l’ère des médias sociaux
    19 février 2015

  • • Les données numériques : un enjeu d’éducation et de citoyenneté
    19 février 2015

  • • L’éducation aux médias et à l’information après Charlie : Le décalage entre la réalité de la recherche et les attentes de l’institution scolaire
    19 février 2015

  • • Un MOOC sur les dépendances à l’internet
    14 février 2015

  • • Collectes de données à partir d’un téléviseur, à nouveau les CGU en cause !
    14 février 2015

  • • Le droit au déréférencement... le rapport du comité consultatif de Google
    8 février 2015

  • • Sur le Web, la nouvelle police de la pensée
    7 février 2015

  • • Safer Internet, février le mois des initiatives
    7 février 2015

  • • Mon ami Nietzsche
    4 février 2015

  • • festival international du court métrage de CLERMONT-FERRAND
    2 février 2015

  • • L’amour à la plage
    2 février 2015

  • • L’enjeu d’une éducation aux médias et à l’information réaffirmée...
    31 janvier 2015

  • • Une exposition sur les réseaux sociaux
    31 janvier 2015

  • • Outils et tutoriels pour rechercher, traiter et organiser l’information
    29 janvier 2015

  • • Trouver des images sur le Web : moteurs de recherche, banques générales et thématiques
    29 janvier 2015

  • • Attentats de janvier 2015, on en parle ! (Lycée-CFA)
    26 janvier 2015

  • • Les revues de presse 2014, des journaux scolaires et lycéens sont parues
    23 janvier 2015

  • • Attentats de janvier 2015, on en parle ! (Primaire/Collège)
    22 janvier 2015

  • • Cartooning for Peace
    17 janvier 2015

  • • Le site "La laïcité à l’usage des éducateurs"
    17 janvier 2015

  • • La liberté d’expression... et au-delà la liberté, notre boussole !
    17 janvier 2015

  • • Quelques ressources pédagogiques suite aux attentats, pour les éducateurs
    10 janvier 2015

  • • Un mouvement à l’échelle du monde entier...
    10 janvier 2015