Education populaire pour et par les jeunes : pratiques numériques, lieux innovants et médias des jeunes

L’expérimentation « Éducation populaire pour et par les jeunes : Pratiques numériques, lieux innovants et médias de jeunes » mise en œuvre dans le cadre du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse (Fej) a démarré en janvier 2015 pour une durée de deux ans.16 projets dont l’un conduit par les Ceméa, ont été évalués. Vous trouverez ci après le rapport d’évaluation mené par les structures Léris et La Critic. L’objectif de l’évaluation n’était pas d’évaluer spécifiquement chacun des projets, mais plutôt de comprendre les dynamiques engagées et d’en saisir les effets. Dans cette perspective, l’analyse évaluative s’est notamment appuyée sur deux axes de réflexion transversaux, à savoir les questions de l’émancipation et du commun, enjeux au croisement de l’éducation populaire et du numérique.



Dans la note de synthèse on peut noter les points concernant la transférabilité des actions.

À partir du travail global d’analyse évaluative, certains éléments sont apparus avec force comme autant d’ingrédients pouvant participer des conditions nécessaires à la transférabilité des actions :

➔ Placer véritablement les jeunes au centre des projets et clarifier les finalités du projet : entre insertion, éducation et émancipation. Il s’agit ici de considérer que les actions qui sont menées ne sont pas des alibis pédagogiques, mais plutôt de construire, avec les jeunes — pris en tant qu’acteurs — des projets qui ont du sens et une utilité pour eux, pour la structure et pour le territoire.

➔ Le numérique, un levier d’apprentissage : si le développement des compétences numériques peut être un enjeu, il apparaît aussi comme un levier permettant de travailler d’autres dimensions : des savoirs de base aux compétences sociales et relationnelles, en permettant notamment de faire évoluer les pratiques pédagogiques.

➔ Des lieux pour et par les jeunes : les jeunes s’approprient un lieu qui leur est destiné quand leur est laissée la possibilité de s’y investir. C’est l’idée sous-jacente à l’expression « pour et par les jeunes », à savoir celle d’une double relation : un lieu ressource pour les jeunes et des jeunes ressources pour le lieu. À travers l’investissement dans le lieu, il s’agit d’inscrire les jeunes dans un processus d’apprentissage et d’émancipation.

➔ Les médias citoyens doivent être au service des jeunes, des professionnel.les, des structures et doivent véritablement s’ancrer dans la vie d’un territoire. Ils ne peuvent se résumer à leur seule dimension éducative. Pour cela, les médias doivent être tournés vers l’extérieur de la structure pour ne pas enfermer les jeunes dans un « entre soi ». Il s’agit là d’inscrire véritablement cet outil au service du commun et de la vie locale.

➔ Il est important de favoriser l’interconnexion du projet avec l’environnement, ce qui passe par le développement de partenariats et de réseaux. Au-delà, il s’agit d’inscrire les projets dans un processus de constitution d’un commun territorial.

➔ Le partenariat avec les collectivités ne doit pas se résumer à un support technique et financier — même si cet apport peut être important — , mais être entendu comme un travail visant à mettre en adéquation et complémentarité les projets et le territoire, dans une dynamique de développement territorial. L’inscription dans des dispositifs existants (tels que les Pedt) doit être pensée finement pour répondre véritablement aux enjeux, quitte à faire évoluer les formats et dispositifs.

En conclusion, les auteurs soulignent les éléments suivants. L’évaluation montre tout d’abord que, pour les jeunes, le numérique n’est pas si évident et que le fait d’être des « digital natives » ne les outille pas forcément pour une maîtrise conscientisée des usages. Les formes de médiation et d’accompagnement telles que déployées dans l’expérimentation s’avèrent donc nécessaires et représentent une occasion pour créer de nouveaux rapports aux savoirs et à la société. Pour mettre en place ces accompagnements, le rapprochement entre acteurs de l’éducation populaire et acteurs du numérique s’avère indispensable. Il existe, mais reste occasionnel. Si les actions mises en oeuvre ont pu ouvrir certains possibles, elles ont également mis au jour des blocages. La construction de ces rapprochements nécessite de créer des passerelles, notamment par le travail en coopération, et la mise en commun de leurs compétences respectives. Au coeur de ces dynamiques, la place des jeunes, l’évolution des pratiques professionnelles et les dynamiques territoriales sont des enjeux essentiels. L’expérimentation a, semble-t-il, permis une réappropriation de la fonction politique des acteurs de l’éducation populaire (dans leur diversité) en réinscrivant leur intervention au service du social, dans un processus d’émancipation, processus que les acteurs du numérique invitent à réactualiser autour de l’enjeu du commun. Cette dynamique globale répond aux enjeux du moment — que ce soit à l’échelle individuelle des jeunes ou au niveau sociétal. À ce titre, il serait pertinent de poursuivre des démarches d’expérimentation de même type tout en se donnant les moyens de les inscrire durablement dans le paysage. Nous avons aussi noté l’intérêt d’approfondir de manière plus spécifique la question des lieux de jeunes et de réfléchir au renouvellement des formations des acteurs jeunesse.

Vous trouverez ci joint le rapport dans sa globalité.

Mise en ligne le 2 novembre 2017