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La Pédagogie Freinet
JP Carrier

Célestin Freinet est la figure la plus connue du mouvement de l’Education Nouvelle, celle sans doute qui a eu l’influence la plus profonde et la plus durable. C’est pourquoi ses positions pédagogiques et les pratiques qu’il a initiées méritent une attention particulière.

Après avoir quitté l’éducation nationale avec laquelle il était en conflit ouvert, Freinet fonda sa propre école à Vence en Provence en 1935. Il expérimenta ainsi librement ses principes pédagogiques et ses « techniques ».

Freinet est d’abord un praticien. Mais son activité pédagogique repose sur de grands principes qui ont une portée allant bien au-delà de sa seule pratique :
-  la valeur du travail, ce qui l’amène à critiquer le jeu qu’il considère comme une drogue pour l’enfant. « Ce n’est pas le jeu qui est naturel à l’enfant, c’est le travail » dit-il.
-  Lui-même très engagé politiquement, en tant que militant communiste, insistera sur l’importance de l’insertion sociale et politique de l’école.
-  Très critique de l’autorité jugée toujours abusive du maître sur les élèves, il assimile la discipline à l’exercice d’une violence insupportable. Dans sa classe, plus besoin d’instaurer un quelconque rapport de force. Les élèves impliqués personnellement dans leur travail sont capables de gérer eux-même, dans l’harmonie, leurs relations.
-  Dans la classe, les apprentissages des élèves reposent sur la pratique du tâtonnement expérimental. Il y a là le fondement même des célèbres « techniques Freinet ». Ce qui signifie que cette méthode ne se limite pas au seul domaine des sciences. L’apprentissage de la lecture par la méthode naturelle repose, lui aussi, sur cette pratique. Freinet constate que dans l’école traditionnelle, on n’apprend pas à lire comme les enfants ont appris à parler hors de l’école, avant d’entrer à l’école. Il faut retrouver à l’école ce type d’apprentissages qui se sont développés de manière naturelle, l’apprentissage de la marche par exemple, ou du vélo. « Ce n’est pas par les leçons, les démonstrations, les explications théoriques qu’on apprend à monter à vélo, mais en montant à vélo. » Ce qu’on peut tirer de cet exemple, c’est que l’enfant apprend en s’engageant dans des activités vraies, qui ont du sens dans sa vie et pour sa vie dans son ensemble. Ensuite, il s’agira de lui permettre de faire des essais, avec droit à l’erreur, mais aussi de l’aider à réussir. C’est en répétant des actions réussies que l’on apprend.
- 
Quant aux « Techniques Freinet », beaucoup ont traversé l’histoire jusqu’à nous, même si elles ont souvent suivi les évolutions sociales et technologiques. Elles peuvent très bien être mises en œuvre en classe, sans que la référence à Freinet soit explicite. Beaucoup d’enseignants « font du Freinet » sans le savoir, ou sans se réclamer d’un mouvement particulier.

-  La classe-promenade, fondée sur le principe de l’ouverture de l’école sur son environnement immédiat, c’est-à-dire pour Freinet, la campagne où l’on peut observer la nature. Sortir de l’espace étroit de la classe permettra de mener des enquêtes, de faire des recherches concrètes, bref de découvrir et d’étudier la vie. De retour en classe il y aura là toute une matière à apprentissage, en particulier dans le domaine de l’écrit et de la lecture.
-  Le journal scolaire, permettant de donner un but aux travaux écrits, compte-rendu de visites, ou d’expériences personnelles des élèves.
-  L’imprimerie à l’école. Freinet introduit une vraie presse dans sa classe. Les élèves vont composer les textes de leur journal avec des caractères en plomb de l’époque. Un travail minutieux qui demande beaucoup de rigueur. Aujourd’hui bien sûr c’est l’ordinateur qui permet de mettre en page et d’éditer les pages du journal. Mais les principes de base restent les mêmes. Le journal permet d’établir des liens entre l’école et son environnement social. Aujourd’hui cette pratique d’édition sera souvent couplée à une étude de la presse dans le cadre d’une éducation aux médias.
-  La correspondance entre classes. Il s’agit bien sûr d’apprendre à communiquer, ce qui permet de développer la socialisation tout en favorisant le travail sur l’écrit.
-  La coopérative de classe. Imprimer un journal, écrire aux correspondant, organiser des sorties, tout cela coûte cher et c’est la classe elle-même qui va gérer tous ces aspects financiers. C’est bien sûr une bonne occasion de donner du sens aux apprentissages en calcul. Mais c’est aussi responsabiliser les élèves dans la perspective de leur formation civique La réunion de coopérative permet de créer des situations de discussion, d’échange et de réflexion en commun, de prise de décision et d’élaboration de projets. Selon des principes démocratiques bien sûr.

Au niveau des méthodes d’apprentissage, Les innovations proposées par Freinet sont aussi nombreuses :
-  La méthode naturelle d’apprentissage de la lecture, qui implique le rejet du manuel de lecture, ce qui fit scandale à l’époque de Freinet. Lire ce n’est pas répéter des phrases simplistes et artificielles, n’ayant pas de sens pour la vie comme « papa fume sa pipe » qui n’a guère d’intérêt en dehors de la répétition de la lettres « p ». utilisée dans trois syllabes différentes. Par opposition à la méthode syllabique du B A – BA, Freinet insiste sur le fait que lire c’est d’abord construire du sens. Lire c’est communiquer. Ce qui implique de ne pas séparer la lecture de l’écriture. L’apprentissage se fera selon une approche globale, comme dans la méthode justement dite globale initiée par Decroly (voir ci-dessous.) Mais l’essentiel pour Freinet est de partir des textes produits librement par les enfants eux-mêmes, que le maître transcrira au tableau. C’est à partir de ces textes authentiques que les élèves se livreront, à leur rythme et selon leurs besoins, à des activités d’analyse et de décomposition des mots en syllabes en identifiant les sons communs. Tout cela se faisant par essais et erreurs, selon le principe du tâtonnement expérimental.
-  Le texte libre. Ecrire dans le contexte scolaire doit être tout autant que dans la vie hors de l’école une pratique de communication dans le cadre d’un projet personnel ou collectif, tel qu’il peut se concrétiser à travers le journal de la classe et l’utilisation de l’imprimerie. Il ne s’agit pas alors de pousser les enfants à écrire leur journal intime (aujourd’hui on parlerait de blog), ou simplement de laisser libre cours à leur spontanéité. L’exploitation journalistique et commerciale des « enfants-poètes » ne s’inscrit pas dans la perspective de Freinet. Pour ce dernier l’écriture est un travail et demande donc effort et persévérance.
-  Le calcul vivant, c’est-à-dire ayant une signification et une portée concrète, dans la vie même des élèves, à l’école et hors de l’école.
-  Les fichiers auto-correctifs, outils à la disposition des élèves dans le cadre d’un travail individualisé, pour aborder un point important ou difficilement maîtrisé de son plan de travail. Il y a là une remise en cause des pratiques traditionnelles d’évaluation ramenant cette dernière du côté de la sanction.
-  Les bibliothèques de travail (BT), publications réalisées au sein de la Coopérative de l’école laïque (CEL) et proposant des ressources accessibles aux élèves selon leur âge dans les différents domaines de connaissance. Chacun y trouvera les compléments nécessaires à son travail, par exemple pour préparer un exposé à faire devant la classe. C’est de toute façon une excellente occasion d’avoir une pratique de lecture authentique.

Références : C Freinet. Pour l’école du peuple, Paris, Maspéro, 1972.
E Freinet, Naissance d’une pédagogie populaire, Paris, Maspéro, 1958.


Le mouvement Freinet.
L’ICEM

Comme il y a une coopérative de classe, Freinet va lancer et faire vivre, au sein de ce qui deviendra le Mouvement Freinet, une coopérative entre enseignants, la CEL (Coopérative de l’école laïque), en vue de produire en commun et de diffuser largement des outils et des ressources, pour les maîtres et pour les élèves. Ses principales innovations pratiques se répandirent ainsi rapidement et devinrent une référence fondamentale du courant de l’éducation nouvelle. L’ICEM (Institut Coopératif de l’École Moderne, Mouvement Freinet ) association fondée en 1947 par Freinet se définit comme « un mouvement pédagogique de recherche, d’innovation et de diffusion de la pédagogie Freinet en France. »

A consulter, le site de l’ICEM : http://www.icem-pedagogie-freinet.org/ On peut y lire par exemple la définition suivante de la pédagogie Freinet :« La Pédagogie Freinet est centrée sur la vie de l’enfant, auteur de ses apprentissages, en lien constant et dynamique avec ses groupes d’appartenance (classe, école, réseaux de correspondance). Cette démarche est articulée autour de quatre axes : l’expression et la communication, le tâtonnement expérimental, le travail individualisé et la vie coopérative. Ce dernier axe est celui qui, à la fois, organise et structure les apprentissages tout en développant le sens critique. » Et celui de l’association des Amis de Freinet : http://www.amisdefreinet.org/

Jean Pierre Carrier

Mise en ligne le 13 mars 2010
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